Le stoïcisme a connu un renouveau remarquable au cours des dernières décennies. On trouve Marc Aurèle dans les bibliothèques des PDG et sur les listes de lecture des athlètes d’élite ; Sénèque est cité dans des podcasts sur la productivité ; Épictète est évoqué par les thérapeutes cognitifs. La plupart des gens abordent les vertus stoïciennes — le courage, la tempérance, la sagesse, la justice — comme des idéaux auxquels aspirer, des principes à intérioriser par la lecture et la réflexion.
J’ai eu de la chance. J’ai trouvé un moyen de les mettre en pratique avec mon corps.
Ce que je veux démontrer ici, ce n’est pas simplement que le Ki Aikido et le stoïcisme partagent des similitudes superficielles — c’est le cas, et je vais vous le montrer — mais que chaque tradition complète ce que l’autre laisse en suspens. Le stoïcisme, malgré toute sa sagesse pratique, a toujours été une discipline essentiellement intérieure. Ses vertus se cultivent dans l’esprit, se testent dans le monde, mais prennent rarement une forme physique structurée. L’aïkido, en revanche, rend ces vertus tangibles : on ne peut pas feindre l’équilibre intérieur quand quelqu’un nous saisit le poignet. Ensemble, ces deux traditions décrivent le même idéal de l’être humain parfait — l’une en grec ancien et en latin, l’autre dans le mouvement et le souffle.
Si cette affirmation vous semble exagérée, poursuivez votre lecture. Je vais essayer de la justifier.
Le courage
Le courage — ou, en termes de Ki Aïkido, agir avec confiance — est le fondement de tout ce qui se passe sur le tatami. On ne peut pas s’harmoniser avec une attaque que l’on fuit. On ne peut pas se détendre dans une projection contre laquelle on se braque. Avant qu’une technique ne soit possible, quelque chose de plus fondamental est nécessaire : la volonté de se tourner et d’aller à la rencontre.
Beaucoup de débutants ne ressentent pas cette volonté au début. Ils arrivent avec une version d’eux-mêmes déjà pleine d’objections :
- Je ne suis pas assez fort…
- Je suis trop vieux…
- Trop jeune…
- Trop gros…
- Trop petit…
- Je manque de coordination…
- Je n’y arrive pas…
Je n’étais pas différent. Mais cette petite voix critique s’est calmée au fur et à mesure que je progressais, et j’ai remarqué quelque chose : elle s’est calmée en dehors du tatami aussi. La confiance qui vient du fait de rencontrer un partenaire plus grand sans entrer en conflit, de rester centré alors que l’on s’attendait à paniquer — cette capacité ne reste pas au dojo. Elle se propage.
Sénèque comprenait parfaitement ce mécanisme. L’adversité, affirmait-il, n’est pas l’ennemie de la bonne vie ; elle en est la condition. Sans véritable résistance, on ne rencontre jamais les parties les plus profondes de soi-même. Dans De la Providence, il écrivait :
Tu es malheureux à mon avis, car tu n’as jamais été malheureux. Tu as traversé la vie sans adversaire ; personne ne saura de quoi tu étais capable, pas même toi-même.
Koichi Tohei a dit quelque chose de structurellement identique, mais vu sous un autre angle. Dans *Ki dans la vie quotidienne*, il écrit qu’un esprit calme et positif n’est pas inné — c’est quelque chose que l’on développe précisément en étant mis à l’épreuve. L’entraînement n’est pas séparé de la vie ; c’est une version condensée de celle-ci, un lieu où les défis se présentent de manière régulière et où les leçons s’accumulent plus vite.
Les deux hommes disent la même chose : l’obstacle n’est pas une interruption de votre développement. C’est votre développement.
La tempérance
Discipline. Maîtrise de soi. La volonté de consacrer du temps à quelque chose qui ne portera pas ses fruits rapidement. Ces notions sont familières à quiconque a passé du temps sur le tatami, et elles correspondent exactement à ce que les stoïciens entendaient par tempérance — non pas l’abstinence ou l’austérité, mais l’application constante d’efforts dans la bonne direction.
Le Ki Aikido exige cela de manière presque perverse. C’est facile à apprendre et diaboliquement difficile à maîtriser. Les principes sont assez simples pour être expliqués à un enfant : se détendre, étendre le ki, garder un point fixe, maintenir un esprit positif. L’application de ces principes sous pression — quand quelqu’un deux fois plus grand que vous se déplace rapidement, quand vous êtes fatigué, quand vous venez de commettre la même erreur pour la vingtième fois — est le fruit d’années de travail. Et cet art fonctionne à son meilleur niveau lorsqu’il semble sans effort, ce qui signifie que tout effort visible est, en quelque sorte, une preuve invisible de tempérance.
Marc Aurèle, qui a écrit les Méditations entièrement pour lui-même — non pas pour la publication, ni pour la postérité, mais comme une discipline quotidienne d’introspection — aurait reconnu cette dynamique. L’obstacle sur le chemin devient le chemin, écrivait-il. Pas en le contournant. Pas en le franchissant de force. L’obstacle est le chemin.
Le même principe s’applique à la technique. En Ki Aikido, le but n’est jamais de dominer une attaque. Il s’agit de recevoir l’énergie de l’attaquant, de rester centré et de la rediriger. Cela exige de ne pas agir — ne pas entrer en collision, ne pas se raidir, ne pas répondre à la force par la force. L’esprit non combatif, comme le décrivait Tohei, est un accomplissement de la tempérance : la maîtrise de soi nécessaire pour ne pas réagir comme tous vos instincts vous le dictent.
Cela vaut son pesant d’or, tant sur le tatami qu’en dehors. Colère au volant, collègue difficile, e-mail provocateur : la capacité à marquer une pause avant de répondre n’est pas une qualité passive. C’est une qualité active, acquise au fil du temps.
Sagesse
On ne peut pas apprendre ce que l’on croit déjà savoir.
Dans ses Discours, Épictète — un esclave affranchi devenu l’un des philosophes les plus influents du monde antique — a prononcé ces mots pour mettre en garde contre la complaisance de l’expertise. L’élève le plus dangereux est celui qui arrive avec des certitudes.
En Ki Aikido, ce danger est particulièrement réel. Les médias regorgent de représentations des arts martiaux — la violence explosive, le coup décisif, le combattant dominant — et ces images créent des attentes qui n’ont presque rien à voir avec ce qui se passe dans un bon dojo. Les élèves qui arrivent en sachant déjà à quoi devraient ressembler les arts martiaux ont souvent plus à désapprendre que les débutants qui arrivent simplement par curiosité.
La tradition japonaise a une réponse à cela, et elle est profondément stoïque dans son esprit : shoshin, l’esprit du débutant. Cela ne signifie pas l’ignorance ; cela signifie une ouverture d’esprit durable — la discipline consistant à continuer d’explorer plutôt que de tirer des conclusions. Même l’idée répandue selon laquelle la ceinture noire est synonyme d’expertise est, à y regarder de plus près, un malentendu. Le mot japonais désignant le premier niveau de ceinture noire (shodan) signifie « niveau débutant ». La couleur ne symbolise pas la maîtrise, mais la disposition à commencer sérieusement.
O-Sensei Morihei Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido, a pratiqué jusqu’à plus de 80 ans et aurait déclaré qu’il était toujours en train d’apprendre — que chaque jour révélait quelque chose que le jour précédent avait caché. Ce n’est pas de la fausse modestie. C’est la conséquence naturelle d’une pratique suffisamment approfondie pour que plus on en sait, plus on comprend qu’on ne sait pas.
Épictète aurait approuvé. La vraie sagesse, pour ces deux traditions, n’est pas une accumulation de réponses. C’est la culture d’une certaine qualité de questionnement — la volonté d’avoir tort, de regarder à nouveau, de garder le verre vide.
Justice
Je tiens ici à être honnête au sujet d’une tension.
La vertu stoïcienne de la justice était, dans sa forme originale, explicitement civique. Il s’agissait du devoir envers la société, de défendre ce qui est juste même au prix d’un sacrifice personnel. Sénèque fut exilé pour s’être opposé à l’empereur Caligula. Caton a préféré la mort à la soumission à César. Lorsque Marc Aurèle a écrit sur la justice, il pensait à ses obligations en tant qu’empereur — l’usage du pouvoir au service de ceux qu’il gouvernait. Il s’agit d’un concept exigeant et politiquement chargé, difficile à transposer dans la pratique d’une soirée dans un dojo local.
Permettez-moi donc d’exposer honnêtement ce lien plutôt que de masquer l’écart.
Ce que l’aïkido offre dans ce domaine est quelque chose de différent en termes d’échelle, mais pas de nature. Le principe au cœur de l’aïkido est le musubi — connexion, union, harmonie. Alors que la plupart des arts martiaux reposent sur la défaite d’un adversaire, l’aïkido repose sur la résolution des conflits d’une manière qui soit sans danger pour toutes les personnes impliquées, y compris l’attaquant. On s’unit à l’attaque plutôt que de s’y opposer. On déplace leur esprit plutôt que leur corps.
Ueshiba a clairement indiqué que cela avait des implications plus larges. « La Voie de l’harmonie n’existe pas pour combattre et vaincre l’ennemi », a-t-il écrit. « Elle existe pour utiliser le pouvoir de l’amour afin d’amener le monde à l’harmonie et de faire des êtres humains une seule famille. » Il s’agit, certes, d’une affirmation plus ambitieuse que tout ce qui a été abordé dans le cours de ce soir — mais l’impulsion qui la sous-tend est véritablement stoïcienne. Vous ne pouvez pas contrôler ce que font les autres. Vous pouvez contrôler votre réaction. Et une réaction qui cherche la résolution plutôt que la domination est, à long terme, plus utile à la société qu’une réaction qui ne le fait pas.
Marc Aurèle, qui régnait sur un empire et faisait face à des provocations constantes, ne cessait de se rappeler précisément ceci :
Il est ridicule d’essayer d’échapper aux défauts des autres. Ils sont inévitables. Essaie simplement d’échapper aux tiens.
Le pouvoir qui se tourne vers l’intérieur, qui se tient pour responsable — voilà à quoi ressemble la justice dans la pratique, que vous soyez un empereur ou une ceinture blanche.
Une différence qui mérite d’être mentionnée
J’ai mis en avant les similitudes, et je crois qu’elles sont réelles. Mais une différence importante mérite son propre paragraphe plutôt que d’être passée sous silence.
Le stoïcisme, à la base, est une pratique solitaire. On peut lire Marc Aurèle seul. On peut pratiquer la dichotomie du contrôle — l’outil central d’Épictète — seul dans un train, dans une salle d’attente, lors d’une réunion difficile. Les vertus se cultivent dans l’esprit, et l’esprit est souverain.
L’aïkido est irréductiblement relationnel. On ne peut pas le pratiquer seul. Chaque technique nécessite un partenaire — un uke qui attaque, un nage qui reçoit. Les vertus ne sont pas mises à l’épreuve dans une réflexion solitaire, mais dans un contact physique et présent avec une autre personne qui peut être plus grande, plus rapide ou plus expérimentée que vous. On ne peut pas philosopher pour se sortir d’une attaque engagée. Soit le centrage est là, soit il ne l’est pas.
Je pense que c’est ce qui rend la combinaison de ces deux traditions si précieuse, plutôt que simplement intéressante. Le stoïcisme vous donne la philosophie ; l’aïkido vous donne l’épreuve. L’un vous dit ce vers quoi tendre ; l’autre vous montre si vous y êtes réellement parvenu. Ensemble, ils offrent quelque chose qu’aucun des deux ne fournit seul : une pratique des vertus qui est à la fois intérieure et incarnée, à la fois réflexive et immédiate.
Les vertus incarnées
Le stoïcisme a perduré pendant plus de deux mille ans parce qu’il décrit quelque chose de réel : la capacité humaine à choisir comment nous affrontons tout ce que la vie nous réserve. Le courage, la tempérance, la sagesse, la justice — ce ne sont pas des idéaux trop élevés pour la vie quotidienne. Ils sont, si tant est, plus pertinents pour la vie quotidienne que pour les séminaires de philosophie.
Pour moi, le Ki Aikido a été un moyen de les pratiquer plutôt que de simplement les admirer.
Si vous avez déjà voulu comprendre ce que l’on ressent de l’intérieur lorsqu’on vit une vertu stoïcienne — non pas comme une idée, mais comme un état physique, comme quelque chose que l’on peut localiser dans son propre corps sous pression —, je vous invite à trouver un tapis, à vous incliner et à commencer. Au début, vous n’aurez pas l’air très gracieux. Certains jours, rien ne fonctionnera. Mais quand cela fonctionnera, et que vous pourrez ressentir ce que signifie réellement l’équilibre intérieur au moment où quelqu’un le met à l’épreuve, vous comprendrez quelque chose qu’aucune lecture, aussi abondante soit-elle, n’aurait pu vous apporter.
Marc Aurèle, Épictète et Sénèque savaient pourquoi ils s’entraînaient. Je pense que s’ils étaient vivants aujourd’hui, ils voudraient savoir ce que cela fait.
Il n’y a qu’une seule façon de le découvrir.
Elkie Dolling
Chesham (White Hill) Ki-Aikido Club