L’étiquette : la structure silencieuse de l’aïkido

L’étiquette est le terme que nous utilisons pour désigner les comportements et les règles qui ne font pas partie de notre culture : l’étiquette de la gastronomie, celle des rencontres avec la famille royale, ou encore l’étiquette japonaise.

Mais pour les habitués de la gastronomie, pour la famille royale, pour les Japonais, ces règles et ces comportements ne relèvent pas de l’étiquette : c’est simplement ainsi que les choses sont, c’est simplement ainsi qu’on fait.

À ce titre, il est utile de reconnaître que nous n’avons pas besoin de les comprendre ni d’être d’accord avec elles. Nous nous contentons de les respecter.

Bien sûr, elles obéissent à une logique ; parfois, cette logique est évidente, parfois elle nécessite un examen plus attentif.

Qu’est-ce que l’aïkido ?

L’aïkido est une manière de développer la liberté au sein de la contrainte (au sein de celle-ci, plutôt qu’en s’en affranchissant, car nous ne pouvons échapper à la pression tant que nous ne sommes pas morts).

Sur le tatami, cette contrainte provient de la présence physique de notre partenaire, l’uke. Sa pression physique est le catalyseur du développement d’un corps libre (détendu, mobile, réactif).

Mais l’aïkido est un art du corps et de l’esprit ; où se situe donc la contrainte qui pèse sur l’esprit ?

L’étiquette.

Le corps a besoin d’un uke, d’un tatami, d’un cours – d’un moment et d’un lieu. L’esprit, en revanche, est sans forme – au-delà du temps et de l’espace. L’étiquette exige un esprit conscient et attentif, c’est-à-dire qu’il ne suffit pas de s’incliner dans le cadre du cours, mais qu’il faut adopter une attitude respectueuse chaque fois que l’on rencontre quelqu’un.

Avant le cours

Notre apprentissage commence bien avant le premier exercice.

Arriver à l’heure pour préparer le dojo transforme la ponctualité, qui n’est plus une simple question de commodité personnelle, en un acte de considération ; ainsi, la pratique commence par une contribution, et non par une simple présence.

Lorsque vous arrivez juste à temps pour le cours, vous laissez la préparation aux autres. N’en faites pas une habitude.

Cette même considération se manifeste dans la manière dont les gens entrent sur le tatami. Enlever ses chaussures, monter correctement sur le tatami et s’incliner avant la pratique marquent tous une transition délibérée de la vie quotidienne vers un environnement d’entraînement partagé. Ce ne sont pas des gestes théâtraux ; ils vous invitent à entrer dans le bon état d’esprit.

S’asseoir tranquillement, prêt pour le début du cours, favorise le calme, la patience et la maîtrise de soi, de sorte que la leçon commence par l’attention plutôt que par des bavardages. En ce sens, l’aïkido exige autant une attention silencieuse que des mouvements dynamiques.

Pendant le cours

Nous nous inclinons devant le dojo, le professeur et nos partenaires d’entraînement, car l’aïkido est une discipline relationnelle, et non individuelle. Nous ne sommes pas là pour étudier seuls ; nous sommes là pour nous entraîner avec les autres – nous ne pouvons progresser qu’avec le soutien des autres.

S’incliner devant son partenaire permet de le considérer comme un collaborateur, et non comme un adversaire. Même lorsque l’entraînement est physiquement exigeant, la relation reste axée sur le développement mutuel. L’inclinaison à la fin de l’échange le montre tout aussi clairement : merci de m’avoir aidé à apprendre.

Le silence a également son importance. Ne parler qu’en cas de nécessité met l’accent sur l’apprentissage par l’expérience plutôt que sur le bavardage (nous avons une pause-thé pour cela). Trop parler perturbe la qualité de l’attention dont dépend l’apprentissage.

Il est d’usage de demander la permission avant de quitter ou de revenir sur le tapis pendant le cours. Cela rappelle que vos actions s’inscrivent dans un rythme partagé, et ne relèvent pas de décisions purement personnelles (et permet à l’enseignant de savoir où se trouve chacun, par mesure de sécurité).

L’enseignement sur le tapis

Il n’y a qu’un seul enseignant sur le tapis.

Chacun a ses opinions, et chacun perçoit les choses différemment. En cours, mettez ces observations de côté et entraînez-vous en y consacrant toute votre attention.

Pendant un exercice, aucun des deux partenaires ne doit partager son attention entre sa propre pratique et la critique de son partenaire. Concentrez votre discernement sur l’amélioration de la qualité de votre propre pratique.

Chaque cours est animé par un professeur dont la responsabilité est de guider la classe. Son rôle est d’organiser la séance, de choisir les exercices et d’apporter le regard de quelqu’un qui se tient en dehors de la pratique.

Lorsque vous êtes plongé dans l’exercice, votre vision est nécessairement partielle. Faites confiance à la structure du cours, suivez les instructions données et laissez la pratique agir sur vous.

Développez votre « Point Unique » pour qu’il devienne votre professeur intérieur. Vivez ce que vous vivez ; ressentez ce que vous ressentez ; apprenez à distinguer la pensée de la perception directe. Écoutez attentivement et respectez ce processus intérieur.

Et accordez aux autres le même espace pour qu’ils puissent faire leur propre travail.

À quoi ressemble l’enseignement ?

  • Des commentaires verbaux pendant l’exercice.
  • Des indications physiques, comme se raidir lorsqu’ils vont dans la mauvaise direction ou se relâcher lorsqu’ils vont dans la bonne.
  • Des corrections directes, telles que : « tu as fait ça ; fais plutôt ceci. »
  • Des incitations utiles, telles que : « maintenant, détends-toi. »
  • Des commentaires positifs, tels que : « bien, c’est ça. »

Après le cours

La fin du cours ne marque pas la fin de la pratique.

La révérence finale clôt le cours dans un esprit de gratitude et avec la conscience que notre apprentissage est partagé et que nous faisons partie de quelque chose de plus grand.

Ranger les tatamis, nettoyer le service à thé et remettre la salle en ordre font tous partie de la pratique. L’entraînement dépend d’un espace entretenu grâce à un effort collectif – cela vaut autant pour notre siège permanent que pour une salle des fêtes locale.

Lorsque vous partez précipitamment dès la fin du cours, vous laissez ce travail aux autres. N’en faites pas une habitude.

Plutôt que de considérer le dojo comme un lieu dont les autres sont responsables, chacun est encouragé à nettoyer l’espace afin qu’il soit prêt pour la prochaine activité. Cette attitude est discrètement puissante : elle met l’accent sur la contribution et la gestion responsable plutôt que sur la consommation.

Au-delà du dojo

L’étiquette ne se limite pas au dojo. Elle forge des habitudes qui comptent ailleurs : arriver préparé, respecter le temps des autres, laisser les espaces partagés en bon état et accorder aux autres une attention sereine. En ce sens, l’étiquette ne se résume pas à un comportement correct au dojo ; c’est une manière d’affiner sa conduite.

C’est pourquoi les petits gestes sont importants. Ils façonnent le type de personne capable de bien s’intégrer à une pratique collective, et ils le font discrètement, par la répétition. Au fil du temps, les formes extérieures de l’étiquette façonnent notre état intérieur.

Conclusion

Votre compréhension de l’étiquette repose sur votre conscience et votre attention. Elle révèle la profondeur de votre engagement dans cette discipline.

Le fait que d’autres élèves ignorent l’étiquette ne signifie pas qu’elle n’est pas importante. Elle l’est. 
Ni qu’elle est facultative. Elle ne l’est pas.

Sur le tatami comme en dehors, il s’agit de devenir le genre de personne qui rend la pratique positive pour les autres.

James Knight
Lochaber Aikido Club

Secret Link